La dernière note date de juillet, et elle se terminait sur une promesse : raconter ce qui se fabrique dans l’atelier. L’été est passé, la lampe de bureau est restée allumée tard. Voici où en sont les chantiers.
Potch 2.0, et la vie d’après

Le gros morceau du printemps est derrière. Potch 2.0 est sorti, la note d’avril racontait déjà l’essentiel de cette refonte, et depuis, l’application vit sa vie. Deux petites mises à jour sont venues la peaufiner à la mi-juillet, publiées à un jour d’écart : la 2.0.3 corrigeait des défauts de jeunesse (un calcul de niveaux qui s’emmêlait après l’ajout d’une victoire, une recherche par date qui ne retrouvait rien), la 2.0.4 réglait un flux d’articles qui refusait de se rafraîchir à cause d’un cache un peu trop fidèle. Le détail est sur le blog de Potch : 2.0.3 et 2.0.4. Rien de spectaculaire, et c’est exactement la bonne nouvelle : l’application est stable, elle tourne, tranquille.
Et puis il y a eu une jolie surprise. Début août, le site Margxt a consacré un article à Potch : « Potch : l’application qui transforme les petites victoires du quotidien en un jardin à faire grandir ». Tout y est, le jardin, les graines, la météo, les rétrospectives, et une formule que je garde précieusement : « plus on prend soin de soi et de son quotidien, plus son petit monde virtuel grandit ». Voir son application racontée par quelqu’un d’autre, avec justesse, quand on fabrique tout seul dans son coin, ça fait quelque chose.
Dawnless Era, des trous noirs plein la tête

Dawnless Era avance à sa manière : en silence, et sur le papier. Le document de conception s’est épaissi tout l’été, nourri par un gros chantier de recherche scientifique. Le sujet du moment : les trous noirs.
Il faut dire que j’entretiens avec eux une relation compliquée. Je les adore, je lis tout ce qui me tombe sous la main, et j’en fais des cauchemars. C’est paradoxal, mais assez logique au fond : plus on en sait, plus ces astres condensent tout ce qui inquiète, la chute, l’engloutissement, le point de non-retour. Alors plutôt que de fuir, j’ai creusé.
Et la physique réelle est bien plus étrange que les images du cinéma. En tombant vers un trou noir, on ne voit pas l’univers défiler en accéléré : cet effet n’existe qu’en vol stationnaire, tout près de l’horizon. Une fois celui-ci franchi, l’espace et le temps échangent leurs rôles. La singularité cesse d’être un lieu où l’on va pour devenir un instant qui arrive, aussi impossible à éviter que demain matin. Même le noir n’y est pas une couleur : c’est une absence de directions.
De fil en aiguille, ces lectures m’ont emmené bien au-delà de l’astrophysique : vers la nature du temps, et quelques vieilles questions de philosophie qui n’ont pas fini de me suivre.
Je m’arrête là, et c’est volontaire. Ces recherches ne sont pas un simple décor : elles façonnent l’univers du jeu, sa direction artistique, et certaines choses que je préfère que tu découvres en y jouant. Alors je raconte le chemin, parce que j’aime partager ce qui me fascine, mais je garde pour moi ce qu’il devient. Ce serait dommage de vendre la mèche.
Grizzlu Hi-Fi, le projet qui n’était pas prévu
L’été a aussi vu naître un projet qui ne figurait sur aucune liste. Grizzlu Hi-Fi est un lecteur audio qui se présente comme une chaîne hi-fi d’époque : des cassettes, un afficheur à trame de points, des boutons qui s’enfoncent vraiment, une petite diode d’état. On lui montre un dossier de musique, il en fait une bibliothèque, puis une station. Et cette station peut rendre sa lecture joignable par d’autres appareils du réseau local, sur présentation d’un lien d’invitation : tous entendent alors le même morceau, à la même seconde.
C’est un outil, pas un service. La musique reste là où elle est, il n’y a ni compte à créer, ni annuaire, ni collecte de données. Sa page projet est en ligne depuis cet été, et le projet est actuellement testé par un petit groupe de personnes, sur navigateur, sur iOS et sur macOS. Pas de date de sortie pour le moment : il arrivera quand il sera prêt.
Un nid au Japon, le site de Kokoro Nest

Grizzlu a aussi travaillé hors de ses murs. Cet été, j’ai conçu, développé et mis en ligne le site de Kokoro Nest, deux maisons d’hôtes au Japon : une à Kyoto, dans le quartier d’Arashiyama, avec son café en libre-service, l’autre à Osaka, à une station d’Universal Studios. Le site vient tout juste d’ouvrir ses portes : kokoronest.jp.
C’est un site qui parle japonais jusque dans son interface. On entre dans chaque maison en écartant un noren, ces rideaux suspendus à l’entrée des boutiques, et un panneau shoji laisse deviner une vidéo d’Arashiyama derrière son papier. Trois langues (anglais, français, japonais), zéro cookie, zéro traqueur, des cartes OpenStreetMap, et un hébergement auto-géré, comme grizz.lu.
Mon moment préféré du chantier reste la relecture : le propriétaire a tout annoté à la main, sur un dossier imprimé de trente-deux pages. Ses corrections ont façonné le site autant que mes maquettes. J’en assure désormais la gestion technique au quotidien, et c’est une jolie première pour le studio : un site fabriqué pour un lieu bien réel, qu’on peut visiter autrement qu’avec un navigateur.
Et maintenant ?
Si le rythme des notes s’est espacé, ce n’est pas seulement à cause des chantiers : j’écris ces lignes depuis le Japon, où je me suis installé pour un temps afin d’apprendre la langue. Entre les cours et l’atelier, les journées sont bien remplies, mais l’ours trouve toujours un moment pour bricoler. ʕ•ᴥ•ʔ
La suite, donc : Dawnless Era continue de s’écrire, Grizzlu Hi-Fi poursuit ses tests, et Potch vit sa vie. Pour suivre tout ça de plus près, il y a le Discord du studio, la newsletter en bas de page, ou simplement un mot au coin du feu. 🐾
Rédigé par Grizzlu
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